Chez « Matin Plus », la censure, ça se discute

Visiblement, Vincent Bolloré a rangé ses ciseaux. L'article de Courrier international, trappé de son journal Matin Plus le 25 mai, - au motif qu'il contenait des informations « extrêmement désagréables pour la France », dixit Bolloré - a réapparu dans le gratuit hier matin.

Philippe Thureau-Dangin, directeur de la rédaction de Courrier international - l'hebdo fournit tous les jours des articles à Matin Plus - s'est déplacé en personne à la tour Bolloré mardi matin, et a convaincu le grand patron de changer d'avis. L'article sur la détention arbitraire d'artistes roms dans un aéroport parisien a donc ressuscité. Mais pas question pour le groupe d'admettre ce retournement, en partie dû à la grogne grandissante à Courrier. Matin Plus veut donc faire croire à l'existence d'un débat, et invite ses lecteurs à réagir sur une adresse mail. Sans compter deux encadrés explicatifs sur les points de vue des deux journaux.

lundi 11 juin 2007 23:31 , dans 20 minutes


Sarkozy, maître dans l'art de disposer ses pions

Non, Sarkozy ne contrôle pas les rédactions... ses amis s'en chargent. Reste à placer ceux-ci aux postes stratégiques : un vrai jeu d'échecs. Trois syndicats de journalistes s'en émeuvent dans Le Monde daté d'hier, appelant les 38 000 cartes de presse à être « vigilantes ». Laurent Solly, son directeur adjoint de campagne, à peine recasé à TF1, Arnaud Esquerré arrive à France Télévisions (lire ci-contre). « Nicolas Sarkozy n'exige rien. Ce sont les patrons de médias eux-mêmes qui impriment la ligne », note Renaud Revel, journaliste à L'Express.

De fait, hormis le coup de fil que le candidat UMP d'alors a passé à Rothschild, actionnaire de Libération, pour pester contre la une sur ses impôts, l'intervention est souvent indirecte. Ainsi, c'est Bolloré qui a décidé de jeter un article jugé outrageant pour la police française dans la poubelle de Matin Plus. Joggez tranquille, vos amis veillent sur les rotatives ! Et les antennes. Nicolas Beytout, patron du droitier Figaro, pourrait prendre la direction de l'info de TF1 à la place du trop chiraquien Robert Namias, ce que Bouygues a nié hier. Et Bolloré briguerait Les Echos et même TF1 en 2008. Et l'audiovisuel public ? « A chaque changement de majorité, la nouvelle équipe de l'Elysée se débrouille pour déstabiliser le patron de France télé », lâche Jean-François Téaldi, du SNJ-CGT. Asphyxie financière, pression sur l'audience, les moyens d'actions sont nombreux. Patrick de Carolis pourrait en faire les frais. Selon Revel, « Sarkozy peut aussi encourager la fusion entre le CSA et l'Arcep, et ainsi déstabiliser Michel Boyon », président du CSA nommé par Chirac. Ou faire passer une loi sur l'audiovisuel, avec à la clé des nouveaux modes de nomination des dirigeants de chaîne. Mais, prévient Francis Balle, ex-Sage, « Sarkozy n'a pas d'intérêt à s'approcher trop près de ces dossiers. Ça se saurait et ça se retournerait contre lui ! » Sauf que son prédécesseur à l'Elysée a déjà fait pencher la Tour Mirabeau à droite. Sarkozy n'est pas le seul bon joueur d'échecs.

Laure de Charette 

mercredi 06 juin 2007 18:00 , dans 20 minutes


La ligne France Télé-ministères

La navette régulière entre TF1 et le pouvoir en cache une autre, qui mène à France Télévisions. Dans quelques jours, le responsable de la com du ministère de la Culture, Arnaud Esquerré, intègre la holding comme chargé de mission à la direction des ressources internationales. D'après Satellifax, ce transfert figure parmi les raisons qui ont provoqué le départ, début mai, de Thierry Bert, DG financier de France Télé. « Ça a été le détonateur », nous confirme-t-on à l'état-major du service public. Thierry Bert est retourné dans un bercail qu'il connaît bien pour l'avoir dirigé dix ans : l'inspection générale des finances, à Bercy !

mercredi 06 juin 2007 17:58 , dans 20 minutes


Martin Bouygues conforte Robert Namias à TF1

LE MONDE | 05.06.07 | 14h17  


Martin Bouygues a frappé du poing sur la table. Le président du groupe Bouygues s'est emporté alors qu'il recevait une délégation du syndicat CFTC de la rédaction de TF1. Marcel Caron, délégué CFTC de la rédaction de TF1, avait sollicité un rendez-vous avec M. Bouygues pour être fixé sur le devenir de la direction de l'information de la Une. Proche de Robert Namias, directeur général adjoint chargé de l'information de TF1, M. Caron a été reçu lundi 4 juin à 10 heures dans les bureaux de Bouygues, avenue Hoche à Paris, en compagnie du président de la chaîne, Patrick Le Lay.
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Un entretien marqué par une colère de Martin Bouygues. Ce dernier s'est déclaré "agacé au plus haut point" par les rumeurs insistantes et répétées annonçant la prochaine nomination du directeur de la rédaction du Figaro, Nicolas Beytout, pour remplacer Robert Namias à la tête de la rédaction de TF1. Face à ses interlocuteurs médusés, Martin Bouygues a vigoureusement dénoncé ces "affabulations", a rapporté au Monde Marcel Caron. M. Bouygues a saisi cette occasion pour rappeler à chacun qu'il est seul aux commandes de son groupe et de ses filiales. "C'est moi le président", s'est-il écrié.

"TOUT RESTE EN L'ÉTAT !"

En même tempsqu'il renouvelait son autorité sur TF1, Martin Bouygues a conforté Robert Namias dans ses fonctions de directeur général adjoint chargé de l'information de TF1. "Tout reste en l'état ! Robert Namias reste à sa place", a réaffirmé Martin Bouygues. Selon lui, il n'aurait même jamais été question de recruter Nicolas Beytout.

Il y a près de deux semaines, M. Beytout avait indiqué à la rédaction du Figaro qu'il avait finalement préféré ne pas donner suite aux sollicitations de TF1. Mais la rumeur est repartie de plus belle, vendredi 1er juin, via le site Internet du Journal du dimanche, selon lequel "Beytout débarque à TF1". Cette nouvelle, démentie immédiatement par TF1, a provoqué un certain émoi au sein de la rédaction. Des journalistes se sont spontanément rendus dans le bureau de M. Namias.

Pour mettre un terme à leurs interrogations, M. Namias a alors envoyé un premier mail pour réunir sa rédaction samedi 2 juin à 10 heures. Un rendez-vous annulé, à peine une demi-heure plus tard via un second courrier électronique. Dans l'intervalle, Nonce Paolini, nouveau directeur général de TF1, a fait savoir à M. Namias qu'il ne voulait aucune agitation dans la chaîne. Toutefois, une partie des journalistes de la chaîne a décidé de passer outre en choisissant de se rendre en nombre à la conférence de rédaction du journal de 20 heures de Patrick Poivre d'Arvor, organisée lundi 4 juin à 11 h 30.

Le choix de Martin Bouygues semble avoir rasséréné nombre de journalistes de la chaîne. Après l'annonce, via l'Elysée, du recrutement de Laurent Solly, ancien directeur adjoint de campagne de Nicolas Sarkozy, ils redoutaient l'arrivée de Nicolas Beytout, réputé proche du président de la République.


Guy Dutheil
Article paru dans l'édition du 06.06.07

mardi 05 juin 2007 17:43 , dans Le Monde


Fin de la censure à «Matin Plus»

Fin de la censure. Philippe Thureau-Dangin, patron de «Courrier International», est parvenu à convaincre, mardi matin, Vincent Bolloré de publier un article de son hebdomadaire dans «Matin Plus», dont le propriétaire du quotidien avait interdit la publication.

Cet article racontait la mésaventure de musiciens hongrois avec des policiers, à l’aéroport de Roissy. Juste avant sa parution, Vincent Bolloré avait exigé qu’il soit retiré du quotidien sous prétexte qu’on «ne critique pas la police».

Une censure qui avait ému l’intersyndicale des journalistes de «Matin Plus» mais aussi de «Courrier international», sans parler du chef de service Europe de l’Est de Courrier international, qui en avait parlé sur son blog, faisant ainsi circuler l’information.

mardi 05 juin 2007 17:39 , dans 20 minutes


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